12.12.2008
Entre le ministre de l’Education et les lycéens, le froid s’installe

De la laine, du chocolat, le fidèle paquet de clopes : le B.A.-ba de tout bon « bloqueur », ce matin devant les lycées lillois. À Valentine-Labbé, depuis 6h30, alors que les leaders de la lutte lycéenne empilent poubelles et cartons à l’entrée de leur établissement, certains élèves tentent la traversée ; les pétards fusent, les cris montent, le ton du porte-voix aussi. À -2°C, c’est l’appel à la masse, à la rébellion, la gloire aux médias. Une « lutte finale ». Car ici comme partout en France, si les réformes du ministre Xavier Darcos ne font pas l’unanimité, les blocages d’établissements non plus.
Justine Faiderbe
16:00 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Tanguy Langlard : leader dans l'âme

Depuis quand bloquez-vous les portes du lycée ?
Depuis mardi. On a commencé par faire une chaîne humaine, mais ça ne fonctionnait pas. Là, on a fait barrage avec des poubelles.La proviseur est venue pour les enlever. On n’a pas pu faire grand chose sur le coup. Mais on a renforcé le barrage.
Y a t-il eu un vote pour décider du blocage ?
On a fait un vote, un peu à l’arrachée mardi, mais depuis on n’en a pas refait. On fera un vote si on sent que les «anti-blocage» commencent à s’énerver.
Ce n’est pas très démocratique !
Il n’y a pas eu de grognes spectaculaires. Les gens sont bloqués et repartent chez eux. En plus on laisse passer les étudiantes infirmières, elles sont payées pour venir en cours. On ne bloque que les élèves de terminale.
Aucun élève de terminale n’a voulu passer le barrage par la force ?
Si, hier il y a eu un peu d’embrouilles. Un garçon s’est énervé. Il s’est pris des coups. Ce n’est pas le but de notre action. Nous prônons le pacifisme. On n’est pas là pour être violent. On discute beaucoup. Beaucoup de gens viennent bloquer sans trop savoir pourquoi on bloque. On ne bloque pas pour avoir des jours de vacances en plus, il y a un message.
Quel est votre message ?
On ne veut pas de la réforme du bac. Cette réforme implique un changement radical du baccalauréat. Certaines filières vont disparaître pour devenir des options, la mienne par exemple [Tanguy est en terminale chimie]. On veut également retrouver la valeur du bac. Aujourd’hui, sur un CV, avoir le bac ne sert plus à rien. Il est totalement dévalorisé. Les profs sont concernés aussi, on parle d’emplois supprimés, alors qu’il y a déjà un manque.
Y a-t-il eu des discussions organisées sur cette réforme ?
J’ai participé au débat qu’il y a eu avec Monsieur Darcos. C’était une grande farce. Il était venu pour réciter un discours. Il n’avait pas l’intention de faire un débat. Les esprits se sont un peu échauffés, mais on est toujours resté correct. Ça n’a rien apporté.
Est-ce que vous êtes suivis par les syndicats ? Les partis politiques ?
Les syndicats ne nous suivent pas encore. Aucun parti ne nous pousse. Personnellement je fais partie du mouvement des jeunes communistes (MJC) mais ce sont mes idées personnelles qui n’influent pas ce blocage. Je n’ai pas eu de mot d’ordre du mouvement. En plus, cette année, j’essaie de rester en retrait.
Pourquoi rester en retrait ? vous n’êtes pas l’initiateur du blocage ?
Je fais partie de ceux qui ont été à l’initiative du blocage, c’est vrai. Mais je reste en retrait dans la lutte, vis-à-vis de l’administration. Elle m’a déjà repéré dans les manifestations des années précédentes. J’ai déjà redoublé, on m’a clairement dit que c’était à cause du fait que j’étais un meneur. Le bac est quand même à la fin de l’année, je veux l’avoir.
Jusque quand comptez-vous maintenir le blocage ?
Jusqu’à ce qu’on obtienne ce qu’on veut. La réforme ne doit pas passer. Cet après-midi, on va manifester [Manifestation lycéenne dans les rues de Lille].
Est-ce que vous en contact avec les autres lycées ?
On a quelques contacts par l’intermédiaire de copains, mais on n’a pas d’organisation d’ensemble. On aimerait qu’il y ait une cohésion entre les différents lycées lillois mais ce n’est pas évident. Par exemple le lycée Pasteur, juste à côté, ne bloque pas. On essaie de les mobilisés. On a créé un forum pour rassembler les lycéens. C’est sûr que ça aurait plus d’impact si on avait un vrai blocus local.
Pauline Clerin
15:50 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
« On veut seulement aller en cours »
Ce matin, Prescilla et Céline n’ont pas fait sonner le réveil. Et pour cause, le jeudi, pour elles, les cours ne commencent qu’à 11h. Enfin, en théorie. Aujourd’hui, à 11h, les deux élèves de seconde ne pouvaient toujours pas franchir la grille de leur lycée. En effet, à La Madeleine, l’établissement Valentine Labbé était pris en otage par une trentaine de bloqueurs revendiquant leur opposition aux nouvelles réformes de Xavier Darcos. Retranchés derrière des barrières, de larges poubelles et chantant sans cesse les mêmes slogans, les jeunes - pour la plupart des terminales – constituent un barrage de taille pour les deux filles à la frêle carrure. Et même si les contestataires prétendent faire un barrage filtrant pour les secondes, Céline le nie : « Ca fait trois jours de suite que je viens, trois jours de suite que je négocie pour rentrer et trois jours de suite que j’abandonne. » Mercredi, Prescilla, elle, a réussi à passer car un parent d’élève était venu pour intimider les bloqueurs. Aujourd’hui, pas d’adulte dans les environs. « Le matin, la directrice fait semblant de surveiller mais finalement, elle repart vite et ne change rien à la situation. » Pour les deux jeunes filles, la politique n’a pas sa place au lycée. « On n’a pas vraiment envie de discuter avec les bloqueurs, on n’a pas besoin de se justifier ou de connaître par coeur les réformes de Darcos pour avoir le droit d’aller en cours », explique Céline. A cause du barrage, les cours se sont déroulés de façon inhabituelle. Après être entrée dans l’établissement mercredi, Prescilla a seulement retrouvé trois de ses camarades pour assister au cours d’histoire-géographie : « Le prof nous a dit qu’à partir du moment où il y a plus d’une personne, les cours ont lieu normalement ; alors forcément, on veut y aller.» Quoiqu’il arrive, Céline et Prescilla ont l’intention de venir ainsi, chaque matin, jusqu’à ce que le mouvement s’essouffle même si, elle l’avoue, leur plus grande crainte est qu’ « il se poursuive jusqu’aux vacances de Noël ».
Marie Defossez
15:30 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note








